On a trouvé mieux que le soleil !

Kamel Ouali a encore sévit, et ça rime en plus. Il a décidé de réaliser une nouvelle comédie musicale, et comme vous vous y attendez ça va être un petit cataclysme, ça va bien sûr pousser au suicide tout un tas de gens. Souvenez en 2009 de cette inexplicable monter de suicides chez les inconditionnels de Mozart. Car, ne l’oublions pas, la comédie musicale française est une des premières causes de mortalité dans notre beau pays, et lors d’une réalisation de Kamel Ouali, on peut atteindre des pics de 180 par jours ! Comme d’habitude, on retrouve tous les clichés actuellement en vogue, car la comédie musicale française se nourrit de clichés et dépérit dés que l’originalité pointe son nez. C’est un peu comme les vampires et le sang ou la lumière du jour, même combat.

D’ailleurs puisqu’on parle de ça, je vous annonce solennellement si vous ne le savez pas encore, que le prochain sujet à être impitoyablement massacré à coup de tronçonneuse par des danseuses en tutu et des chanteurs emmeringués sera : les vampires. Oui, car comme c’est « à la mode » (si les vampires ça peut être à la mode, c’est vrai), et qu’on peut donc vendre n’importe quoi actuellement tant qu’il y a un vampire dedans, la nouvelle Ouali international production s’appelle : « Dracula ». Sobrement « Dracula », et comme c’était trop sobre et pas assez kikinou, ni intrigant trop de suspens oulala, les producteurs ont décidé qu’il serait de bon ton de rajouter un sous-titre. Le sous-titre à la base ce n’est pas une mauvaise idée, ça permet d’avoir un titre fort, accrocheur, et un sous-titre qui vient expliciter le sujet. On obtient ainsi un double effet sur le lecteur : l’accroche et le message clair, ce qui est un peu la base de la communication et de la pub. Mais comme tout, un sous-titre il faut que ce soit bien fait, or donc nos amis producteurs ont très fortement réfléchit tout plein et ils ont pondu : « l’amour plus fort que la mort ».

Notez l'affiche, peut être qu'on va parler d'amour, ou alors y a une fleuriste dans l'histoire

Personnellement je pense que ce sous-titre, ils n’avaient pas assez d’argent pour payer des gens à le trouver. Le titre non plus d’ailleurs, mais pour le titre ils se sont dit, c’est bon on met juste Dracula, tout le monde connaît ça fait simple c’est novateur, on va vers un renouveau dans la simplicité et les valeurs rassurantes, Dracula, c’est bon, c’est court, c’est un vieux classique, c’est une valeur sûre. En revanche pour le sous-titre ils étaient plus embêtés parce que forcément, il fallait quelque chose de plus long, c’est plus compliqué. Personnellement j’ai été très touchée par le film 99f tiré du livre éponyme de Beigbeder, et tout particulièrement par la scène où les deux protagonistes présentent leur pub plutôt amusante au PDG d’une grande marque de yaourt. Une fois le pitch présenté, le PDG du groupe pour qui il bosse leur répond que c’est de la merde, que les blagues pour leur potes cultivés ce n’est pas ça qui intéresse la ménagère. Et là, il sort : « je suis allé au spectacle de danse de ma fille, et bah j’ai décollé ». Donc il leur conseille de tirer plutôt l’inspiration de ça, d’en tirer de la légèreté, du rêve tout ça quoi. Je pense qu’il s’est passé la même chose dans notre cas, le producteur de « Dracula »a du demander à sa fille de 13 ans qui sortait d’une séance de Twilight : « qu’est-ce qui t’intéresse dans ce film ? » (Question légitime après tout). Et Sarah a répondu : de toutes façons tu peux pas comprendre, t’es trop vieux t’as pas les mêmes priorités que nous les jeunes, t’es trop dans ton business : tu vois pour toi l’amour c’est pas important dans ce film ce qui est trop beau, c’est qu’on voit que d’abord l’amour c’est plus fort que la mort.

Tadaa, et un sous-titre un, du moins je ne vois pas d’autre explication. Bon une fois le thème, le titre et le sous-titre trouvés ça va tout seul, le reste c’est de la gnognotte. Le scénario, ben comme d’habitude y en a n’a pas, y a une vague trame tiré de l’histoire originale (oui parce que la comédie musicale française ne crée jamais une histoire à elle, elle réutilise toujours quelque chose qui existait avant). Donc comme d’habitude : un garçon tombe amoureux d’une fille, qui tombe aussi amoureuse, mais leur amour est impossible à cause de leur classe sociale / d’un mariage arrangé / de leur nature / insérer une raison quelconque ici, alors il s’aime en secret, mais finalement ça marche pas et ils se séparent. Et tout un tas de rebondissements inintéressants et vides plus tard, ils se retrouvent, Happy End. Ensuite il faut introduire : un méchant (qui les empêche de s’aimer ou qui veut tuer l’un des deux), un compagnon du héros rigolo qui fera la touche comique, et probablement un second rôle féminin qui soutient l’héroïne mais qui ne sert à rien. Ca, c’est la base, on secoue un peu et on obtient :

Louis XIV ne peut pas régner car il est trop jeune et le cardinal Mazarin l’en empêche, alors pour prouver sa valeur et contre l’avis de son amoureuse il part à la guerre où il est blessé et manque mourir. Finalement il survit, revient et tente d’épouser Marie son amoureuse qui ne l’a pas oublié, mais ce n’est pas possible car elle n’est pas de haute naissance. Finalement, Mazarin meurt, Louis devient roi, il fait n’importe quoi (guerre, masque de fer, frasques, enfant, Montespan), et il revient à la raison en tombant amoureux de la gouvernante de ses enfants (oui c’est n’importe quoi), qu’il réussit à épouser envers et contre tout. Celle-là c’est un peu deux comédie en une, la première avec une fin triste, l’autre avec une fin joyeuse, mais bon c’est pareil. On re-secoue un peu : Mozart est un homme dont la musique est incomprise par son employeur, il part donc à travers l’Europe présenté sa musique où il est rejeté, et réintègre sa vie morne à Salzbourg. Mais l’ancienne souveraine d’Autriche meurt, il part donc à Vienne où le nouveau souverain apprécie sa musique et où il peut enfin vivre. Une comédie musicale classique s’arrêterait là, l’amour de Mozart étant joué par la musique vous l’aurez compris, mais les scénaristes n’ont pas pu oublier que Mozart était mort dans la misère oublié de tous, ce qui leur donne l’occasion de faire la version tragique de la comédie musicale avec une fin triste mais belle.

Voilà, donc pour Dracula je vous prédis le même genre de pitch je pense que vous aurez compris comment cela fonctionne, il va tomber amoureux d’une humaine, mais oh zut, justement elle est humaine, lui non ce n’est pas possible, pour le méchant je vous prédis Van Helsing qui est déjà le méchant existant, et les autres personnages secondaires on s’en fout un peu. Voilà. Les décors et les costumes, ben c’est pareil on recycle, ça va être sensiblement les même que ceux de Mozart l’opéra rock : on prend le pire du kitsch, le pire du baroque et on secoue. Bon dans le cas présent on secoue avec du noir et du rouge alors que pour Mozart on secouait avec du noir, du rouge et du vert mais bon. Les décors : c’est grandiose mais ça sert à rien, quelques chorégraphies avec trente danseurs pour impressionner, un ou deux medley parce que sinon c’est pas un vrai musical, et hop emballez c’est pesé.

Admirez la troupe de Dracula, ah non c'est celle de Mozart, je ne sais plus...

Il ne reste plus que la musique et les paroles. Et là, l’avantage c’est qu’il y a déjà une chanson de sortie, comme ça in peut voire à quoi ça va ressembler. Elle a été composée par la chanteuse de Superbus dans un style pop rock et la plus pure tradition « mélasse qui plait à tout le monde ». Je vous laisse aller l’écouter sur youtube ou autre, je ne vous parlerai que des paroles. Elles ont été écrite selon la tradition française ne sont donc pas écrite en français. Voici le premier couplet :

Moi je ne suis pas farouche
Mais j’embrasse pas sur la bouche
Je préfère qu’on me saigne
Plutôt que de dire je t’aime
Je ne connais pas l’idylle
Mais en un battement de cils
Je commence à m’y faire
Je commence à vous plaire

Donc, c’est chanté par l’amoureuse de Dracula de ce que j’ai pu comprendre. Elle commence par nous dire qu’elle aime bien sortir avec des garçons et que c’est une petite coquine mais, comme c’est pour grand public, c’est pas une pute quand même (elle embrasse pas sur la bouche attention). Ensuite elle nous sort un cliché pour nous dire qu’elle ne s’attache pas qu’elle est un peu volage, moi je pense plutôt que vu sa tête elle a du mal à trouver plus qu’un coup d’un soir mais bon, c’est personnel. Quant au 4 derniers vers je ne sais pas trop, elle ne connaît pas l’idylle bon ça c’est pour qu’on comprenne bien qu’elle est libre pour le héros, mais alors la suite n’est pas très claire, je pense qu’ils ont voulu dire que si elle était seule c’est parce qu’elle est un laideron puisqu’elle est charmeuse (elle commence à nous plaire), mais parce qu’elle l’a choisi (je commence à m’y faire), parce qu’elle ne trouve pas de mec bien. Toute la problématique de la femme moderne est donc résumée dans ce couplet : quand on est une jolie femme, la priorité est de trouver un homme sur lequel on peut compter et ce n’est pas facile. Attention, refrain :

Un deux trois
Oui, c’est à toi mais
laissez Lucie faire
Elle a besoin de plaire
Un deux trois
Non, c’est pas toi mais
Dans les mains des experts
Je vais me laisser faire

Ca commence très fort, il y a quelqu’un qui a osé réutiliser « un, deux, trois » autrement qu’avant « nous irons au bois ». On sent le risque artistique et la volonté novatrice tout de suite, d’autant qu’on ne voit pas pourquoi cette jeune fille se mettrait à compter à part pour montrer qu’elle n’est pas si bête qu’elle en a l’air mais passons. Ensuite, j’avoue que je suis un peu perdue, à part le jeu de mot Lucie faire/Lucifer digne d’un enfant de trois ans, je ne comprends rien. A qui parle-t-elle déjà : Dracula, un autre petit ami, le public ? Mystère, admettons que ce soit Dracula ça parait plus plausible d’après le clip (je vous le conseille fortement si vous êtes dépressif, sauf si vous êtes aussi fan d’Anne Rice). Donc, si elle parle à Dracula, je comprends qu’elle annonce que maintenant elle va le draguer, mais qu’en fait non c’est pas lui et qu’entre les mains des experts elle va se laisser faire. Aucune idée de ce que veut dire la fin de ce refrain, si quelqu’un à une idée, je veux bien de l’aide, d’autant que le refrain passe au moins sept fois dans la chanson, qui passe elle-même au moins trois fois par jour sur Virgin radio que j’écoute le soir et le matin donc ça commence à me courir cette histoire…

1, 2, 3 cache-toi Dracula ! Hihihi

Deuxième et dernier couplet (oui ils ne se sont pas foulés) :

 

Moi je suis libre comme l’air
On me désire, je me sers
Le choix est bien difficile
Entre ces garçons faciles
Je vis sans état d’âme
Et les dames m’envient
J’abuse de tous mes charmes
Et je désobéis

Bon en fait, là elle avoue que c’est bien une grosse pute qui pèchent avec tous les hommes qui passent, et qu’il serait temps qu’un homme la remette dans le droit chemin. Du coup je ne vois pas trop l’intérêt du premier couplet mais bon, je ne cherche plus de logique à cette chanson. Quant à l’aspect purement musical : je pense qu’ils ont choisi la chanteuse pour sa tête et son cachet (elle ne devait pas coûter trop cher), puis ils se sont rendus compte qu’elle chantait mal, donc ils n’ont mis que trois notes dans sa chanson. Sur ce je vous laisse, je suis sûre que vous avez tout un tas de choses importantes à faire comme aller visiter le site du spectacle ou le blog officiel, à bientôt mes vampirounets !

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