Cumulo nimbus et nostalgie

Bon ça fait longtemps que je n’ai pas fait de critique de livre vous avez remarqué ? C’est parce que je n’avais pas lu de livre remarquable, du moins ils ne m’avaient pas marqué. Donc si vous voulez des livres qui ne m’ont pas marquée (ça donne envie de les lire hein ?) j’ai lu : mort aux cons de Carl Aderhold, que j’ai trouvé répétitif et chiant malgré une bonne idée de départ. Et j’ai aussi lu quai des ombres de Dominique Lecomte, qui est un livre très instructif, rédigé par la femme qui a longtemps été médecin chef de l’institut médicaux légal de Paris. C’est un milieu très intéressant mais j’ai trouvé le livre pas très bien écrit, je trouve que ça manque de cohérence et surtout que parfois elle ne va pas jusqu’au bout des choses ; elle commence une idée et puis finalement il n’y a pas de conclusion et on reste un peu sur notre faim. Bref donc, fini les livres bof, récemment j’ai lu ça :

Voilà, chez eux il y a quelqu'un qui sait choisir une couleur !

Nagasaki d’Eric Faye. C’est aussi le prix de l’académie française (si vous aussi vous trouvez qu’il y a trop de prix littéraires dans ce pays, levez la main). Avant toute chose, je préviens, je trouve que ce livre ressemble plus à une longue nouvelle qu’à un roman. Tout d’abord parce qu’il est effectivement court (j’ai mis une heure à le lire), mais aussi dans son contenu, il a le schéma type d’une nouvelle et met en scène très peu de personnages, finalement seuls les deux principaux sont d’ailleurs développés. Pour vous situer je vais quand même vous raconter un brin l’histoire. Nous sommes donc à Nagasaki, à notre époque, la bombe nucléaire n’a donc aucun rapport avec ce roman, tout juste est-elle mentionnée. Le livre commence dans la vie de monsieur Shimura. Monsieur Shimura est météorologue, il vit dans une petite maison coquette, dans un quartier tranquille, avec une vue imprenable sur Nagasaki. Tout va bien dans sa vie, qu’il passe seul et de façon répétitive, sans aucune perturbation, il ne va même pas boire un verre avec ses collègues de temps en temps. Il entend d’ailleurs terminer sa vie de la même manière paisible.

Mais, nous prenons l’histoire au moment où monsieur Shimura est perturbé. Cela fait maintenant quelques semaines qu’il a l’impression que quelqu’un visite son appartement pendant son absence. Ce n’était qu’une impression au tout début, due à la disparition de yaourt ou autre. Alors, il se met à poser des pièges, il mesure la hauteur de jus de fruit en partant et en revenant, il compte le nombre de yaourts… Et il se décide finalement à poser une caméra chez lui qu’il surveille de son travail. Soulager il va enfin pouvoir en avoir le cœur net. Je vous laisse lire le livre, je n’en dirais pas plus de l’histoire car ce serait tout de même un peu gâché même si l’histoire n’est pas très haletante comme peut l’être celle d’un policier.

L’histoire est tirée d’un fait divers réel, et c’est important. D’abord parce que cela présente les choses sous un angle différent. Si on lisait ce roman sans le savoir, je pense qu’en refermant le livre on se dirait surtout : mouais, c’est quand même un peu tirer par les cheveux. Et j’ai tendance à pas trop trop apprécier les histoires tirées par les cheveux. Deuxièmement, l’auteur précise au tout début du roman qu’il est parti d’un fait divers réel et ça je trouve que c’est ce qu’il y a de plus intéressant car a change totalement l’esprit dans lequel on lit ce livre. En annonçant dés l’entrée qu’il n’a rien inventée, c’est comme s’il nous soufflait : « ne vous attardez pas sur l’histoire ce n’est pas ça que je veux vous dire ». Et effectivement on lit le livre différemment, on le lit déjà un peu comme un exercice de style : celui où l’on a pris quelque chose au hasard et où on l’a développé (même si je doute que l’auteur ait choisi au hasard). Et j’aime beaucoup ça.

D’aucun dise, franchement publier un exercice de style c’est un peu facile et réducteur. Personnellement je ne trouve pas, au contraire, je trouve ça intéressant de voir l’auteur se servir d’un exercice de style, de quelque chose qui n’est par définition pas destiné à être publié, pour en faire un livre, une nouvelle, un vrai travail d’écriture qui mérite sa place dans une bibliothèque. Ce n’est pas évident car il faut réussi à élever l’exercice au rand d’œuvre et ça demande forcément un approfondissement du sujet, et un rendu plus étoffé. De ce point de vue là, je trouve que c’est très réussi. Puisque l’histoire est un prétexte, on va effectivement beaucoup plus s’attacher aux descriptions et à la construction de la psychologie des personnages. Et ça je dois dire, chapeau bas, c’est très réussi. J’ai adoré ! Il n’y a que deux personnages principaux je l’ai déjà dit, et en plus, pendant la première moitié du livre (peut-être un peu plus) on va suivre Shimura-san, on va l’accompagner, progressivement on va entrer dans sa vie un peu comme l’inconnue qui erre chez lui. On va même angoisser avec lui. Et lorsqu’enfin, lui-même aura ressenti tout ce que cette histoire pouvait provoquer chez lui, lorsqu’il n’aura plus d’émotion à nous faire partager et qu’il retournera à sa vie lisse et tranquille, alors nous le quitterons. Nous le quitterons pour suivre l’autre personnage, l’inconnue, la voleuse, celle que l’on n’a fait qu’entrapercevoir depuis le début.

De la même façon on va suivre son évolution à elle, ses pérégrinations, ses interrogations, ses doutes, ses explications. On aura peur avec elle et surtout on s’interrogera avec elle jusqu’à la dernière ligne, jusqu’à ce que l’on comprenne la source de ce qu’elle ressent, jusqu’à ce qu’elle aussi parvienne au calme et à la tranquillité. Cette histoire est donc avant tout une très belle rencontre, même si elle est manquée, qu’Eric Faye nous fait vivre avec ses personnages. Cela fait beaucoup réfléchir, au-delà de l’histoire en elle-même, sur notre société, et sur ce qui provoquent les rencontres et modèlent notre vie. Sur ce côté effrayant, qui dirige en grande partie nos vies, la chance pour certains, la croyance pour d’autres, la superstition pour quelques uns : le hasard. Car au final, quelle est la chance que vous ayez rencontré votre meilleur ami, votre mari, votre femme, votre pire ennemi ? Toute ces rencontres sont provoquées par un si grand nombre de choix qu’elles sont imprévisibles. C’est aussi ça que propose ce livre : une réflexion sur ce que serait notre vie sans toutes ces petites surprises ou erreurs : pour avoir la chance qu’il nous arrive quelque chose de bien, il faut accepter qu’il puisse nous arriver quelque chose de moins bien.

J’ai beaucoup aimé ce livre comme je l’ai déjà dit, le seul reproche que je lui ferai (encore), c’est d’être un peu court. J’aurais aimé, peut être pas que l’histoire en elle-même soit plus longue, je la trouve bien proportionnée comme ça, mais peut être qu’il y a aient quelques autres textes avec. Je pense que la diversité, aurait apporté un plus, peut être d’autres angles de réflexion, avec le plaisir de pouvoir lire un peu plus longtemps et d’être rassasié. Finalement un bon livre je trouve que c’est un peu comme un bon repas, la qualité c’est ce qu’il y a de plus important, mais s’il n’y a pas la quantité on restera toujours un peu frustré…

PS : Je sais cet article est un peu court, mais c’est dans le thème…

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