Que d’eau, que d’eau…

« – Non mais là c’est plus possible moi j’ai trop mal je jette l’éponge !
– Vas-y me laisse pas tomber comme ça c’est pas cool !
– Mais je m’en fiche on s’arrête on se pose là et on attend.
– Non je crois l’autre en haut il ne vas pas être d’accord.
– Ecoute Brigitte (oui les danaïdes ont des noms ridicules), on est déjà en enfer, que veux-tu qu’il nous arrive de plus ? »  Brigitte posa sa cruche et s’assit par terre. Elle devait reconnaître que le discours de Cynthia (si si) avait quelque chose de logique. Il ne pouvait pas leur arriver grand chose de pire, et puis de toutes façons, après plus de deux mille ans à essayer de remplir ce fichu tonneau, un peu de changement ne pouvait être que bienvenu.     

    

Brigitte avant les enfers, en tenue de soirée

« Admettons, on va bien voir de toutes façons, dit-elle en s’asseyant en tailleur, n’importe comment ça fait du bien de s’asseoir »

Plusieurs de leur soeurs arrivèrent et leur demandèrent pourquoi elles ne remplissaient pas le tonneau. Après quelques hésitations elles finirent par se mettre d’accord et par répondre : « pour voir ». Finalement, cela semblait être la raison principale de leur motivation, après avoir passé plus de 2000 ans à remplir un tonneau percé on est prêts à tout tenter juste pour voir. Au fur et à mesure, toutes les soeurs arrivaient et elles finirent par être toutes groupées autours du tonneau, assises, sans parler. Elles récupéraient de plus de 2000 ans de travaux forcés.Au bout d’un certain temps, le tonneau fut complètement vide, ce qui n’était pas arrivé depuis le début de leur châtiment. C’est probablement ça qui amena un démon mineur incandescent, Jean-Claude, à se déplacer pour voir ce qu’il se passait. Jean-Claude n’avait pas beaucoup d’ambition, il voulait peut-être à la limite passer démon mineur enflammé, mais c’était tout. Cela permettrait d’acheter du charbon pour faire jouer les petits pensa Jean-Claude en souriant. Lorsqu’il arriva sur le lieu de l’incident cependant, tout sourire s’évanouit de sa figure. Les danaïdes étaient toutes prostrées autour d’un tonneau vide. Jean-Claude tenta de se recomposer une expression de supériorité et s’approcha avec précaution. 

« – Hum hum, mesdemoiselles, que se passe-t-il, vous avez cassé toutes vos cruches ? Je crois que c’est déjà arrivé le siècle dernier, on avait été oblig…
– Non, on en a marre on arrête de remplir le tonneau, le coupa Cynthia.
– Euh, certes, mais euh, c’est pas possible, d’ailleurs ce n’est pas prévu dans la procédure… »Devant l’inexistence de réaction des Danaïdes, Jean-Claude commença à se balancer d’un pied sur l’autre de nervosité. Finalement il déposa son carnet sur un rocher et se dirigea vers une Danaïde. Il la souleva sous les épaules et réussi à la mettre debout tout en ramassant la cruche. Une fois en éuilibre précaire avec la Danaïde telle une poupée de chiffon sur l’épaule, il commença à se dirigr vers la source et s’effondra minablement au bout de trois pas. La danaïde resta où elle était tombée et Jean-Claude se releva tant bien que mal en essayant de la repousser. Il récupéra son carnet et se mit à tourner autour des Danaïdes, aucune solution ne lui venait en tête. Il finit par aller voir celle qui lui avait répondu et, s’approchant doucement, lui mumura : »S’il vous plaît, j’ai besoin que tout se passe bien, sinon je vais avoir des problèmes. Si vous ne le faites pas pour vous faites-le pour moi, hein ? Ce serait gentil, je vous donnerai des cruches moin lourdes »Ayant épuisé son argumentaire (oui Jean-Claude manquait d’imagination), il se décida à aller en référer à sa hiérarchie, ce qui n’augurait rien de bon. 

Il repassa au bureau prendre son scpetre, et se mit en chemin vers le bureau du responsable de secteur qui se trouvait être Angel, un démon majeur explosif. Il y avait déjà plusieurs autres démons qui souhaitait le voir et la succube dominatrice secrétaire prenait les rendez-vous, elle demanda à Jean-Claude qu’elle était l’importance de sa requête. Jean-Claude plaça sa requête en importance haute, en espérant ne pas se tromper, la succube leva un sourcil. Jean-Claude ne voulant pas donner plus de détails un long silence s’installa. La succube finit par lui demander de patienter un quart d’heure d’un ton sec. Lorsque Jean-Claude se trouva face à face avec Angel et qu’il exposa le problème, tout alla très vite, Angel lui reprocha d’être une mauviette et il fut réexpédier dans la basse-fosse à accomplir tous les menus travaux que personne ne voulait faire. Jean-Claude venait de perdre 275 ans d’avancement, mais ça aurait pu être pire, il aurait pu être réduit en cendres.A partir de là c’est Angel qui prit le relais, il alla donc voir les Danaïdes, sans plus de succès que Jean-Claude. Il leur parla, leur cria dessus, les invectiva, les gronda, les menaça d’autres châtiment qu’il estimait être pire (comme faire rouler le caillou de Sysif, il pensait faire une bonne inversion) mais elle ne bougèrent pas. Angel, qui était moins bête tout de même que Jean-Claude, décida qu’il valait mieux laisser la situation en l’état : elles ne faisaient de mal à personne et personne ne s’en apercevrait avant qu’il soit muté et cela deviendrait alors le problème d’un autre. Il avertit juste le successeur de Jean-Claude qu’il ne voulait pas un mot là-dessus sous peine d’être réduit en cendres. Cette technique marcha très bien, et pendant 2 jours la stratégie sembla fonctionner.  

Angel est très content de lui et se fait une séance photo dos au soleil couchant

Jusqu’à ce qu’au troisième jour, une des Danaïdes se mette à se lever, elle fit quelque pas et alla voir une de ses soeurs et commença à lui parler. Sa soeur lui répondit et elles entrèrent en grande conversation. Toutes les autres suivirent bientôt : les Danaïdes émergèrent de leur léthargie, remises de leur effort. Elles pouvaient de nouveau réfléchir. Petit à petit, elles se mirent à reprendre un train de vie normal, comme sur terre, sauf qu’elle n’avait pas besoin de se sustenter ou de dormir. L’enfer, ressemblait énormément à la terre mais avec un climat constant. Comme sur la terre il y avait des plaines, des lacs, des forêts… Les Danaïdes recommencèrent donc à construire une société. Elles allèrent même voir leurs voisins qui eux aussi laissèrent tomber leurs châtiments et ils formèrent une petite communauté.Angel, finit par s’apercevoir que la gangrène s’était propagée. Il décida donc de prendre les choses en main et se dirigea vers l’endroit où la petite communauté s’était installée. Il prit son air le plus terrifiant, bien décidé à faire entendre raison à cette bande de malotrus. Malheureusement, aux enfers, une fois la première terreur passée, les damnés se rendent vite compte que la perte de leur enveloppe charnelle a un grand avantage : ils ne ressentent plus aucune douleur. De plus, étant mort, les menaces physiques ne leur font ni chaud ni froid, c’est d’ailleurs bien pour ça qu’on leur inflige des châtiments psychologiques. Angel se retrouva donc dans la même situation que Jean-Claude. Plus prudent il décida de faire un rapport d’incident B92 et de l’envoyer à son supérieur qui aurait peut être le temps de se calmer avant d’arriver sur place.   

Cela ne fut pas d’une très grande efficacité à vrai dire, Angel fut réduit en cendres dés le lendemain, son supérieur trois jours après. La gangrène se propagea jusqu’à toucher toute la basse-fosse n°28, dont le responsable fut bien obligé d’aller en référer à Lucifer lui-même. Lucifer se déplaça donc sur les lieux et constata que toute la communauté avait recommencé à vivre comme sur terre, redéveloppant le même genre de technologie. Cependant l’ennui était palpable parmi la colonie, les morts n’ayant besoin ni de dormir, ni de manger. Ils n’avaient pas besoin de gagner leur vie car pas de besoins vitaux auxquels subvenir (ils ne pouvaient même pas être maldes). Lucifer eut donc une idée.

« -Laissez-moi quelque jours, nous allons restructurer les enfers et réinventer de nouvelles tortures vous allez voir ! »

Lucifer revint peu de temps après, avec des télévisions qu’il installa dans toutes les basses-fosses. Il installa des caméra dans la basse-fosse n°28 et leur lança un défi : reconstruire la société dans laquelle ils avaient vécu avec les moyens du bord. Les pauvres étaient tellement désoeuvrés et s’ennuyaient tellement, qu’ils acceptèrent sans se poser de questions. Toutes les semaines, on leur donnerait une astuce pour progresser. D’autres améliorations devaient également voir le jour par la suite : créations d’équipes, jeux concours, échanges avec des spectateurs des autres basses-fosses etc…

« – Voilà la vraie torture, obligé de regarder ou de participer à une téléréalité 24h/24 7j/7 ! J’avoue que les hommes ont toujours été plus inventifs que nous sur ce plan là… »

Hmm, faut-il vraiment choisir ?

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