On va quand même pas aider la Grèce alors qu’on a déjà plein de problèmes chez nous !

Ainsi parla Jérémie Toussaint, consultant en marketing, en prenant son café à trois euros trente avec ses collègues place de l’opéra (à phrase clichée, cliché et demi). Ce que ce brave monsieur ne savait pas, c’est que c’est à peu près le même raisonnement, pour ne pas dire le même, qu’ont tenu Chamberlain et Daladier en signant les accords de Munich en 1938. Et par là même, ils ont raté une bonne occasion d’empêcher la seconde guerre mondiale, c’est pas de bol. Dans un magnifique enchaînement qui n’était pas prévu, je vais donc aujourd’hui vous parler d’un livre qui traite d’un des plus hauts faits de la résistance : HHhH de Laurent Binet. Oui encore un livre sur le sujet, mais celui-ci est différent.

Que l'éditeur qui a décidé de cette couleur, voit sa bmw changée en citrouille jaune fluo.

Alors en quoi est-il différent (à part qu’il manque vous rendre aveugle avant même de l’ouvrir) ? Eh bien parce qu’il ne prétend pas raconter une histoire, ni même reconter l’Histoire, mais raconter un évènement particulier qui s’est déroulé pendant la seconde guerre mondiale parce qu’il hante l’auteur depuis des années. C’est aussi une réflexion sur la difficulté d’écrire un roman historique. L’auteur se pose des questions, tout au long de sa recherche documentaire (qui fait franchement flipper tellement elle est volumineuse et acharnée). Faut-il inventer pour raconter ? Les faits et les anecdotes vérifiées, quand ils sont assez nombreux, ne suffisent-ils pas. Faut-il mettre en scène les évènements, et violer ainsi la Vérité. Une réflexion personnele que l’auteur nous livre.

Cet exercice de style permet une construction en douceur du roman, si au début on parle plus de l’auteur et de sa rechrche, à la fin on parlera plus de l’action des deux résistants. De même, cela permet de camper le décor et les personnages, sans passer par une description un peu longuette. On peut en apprendre plein sur Heydrich (le méchant, d’ailleurs il a une tête et un nom de nazi), sans que ce soit rébarbatif : l’auteur nous raconter son voyage, ses lectures, ce qu’il pense de tel ou tel truc. C’est très agréable, on se laisse prendre à l’histoire alors que ce n’est qu’une description.

Et enfin, ce style permet également de camper trois héros (dont un couple), au lieu d’un, sur un vrai pied d’égalité. L’auteur est forcément un des héros dans le sens où il nous fait partager ses recherches, ses doutes, et finalement toute l’aventure que constitue l’acte d’écrire. Heydrich, est aussi un héros puisqu’il occupe une place de choix dans la rédaction de ce livre. Je pense que pour comprendre un nazi de cette envergure, l’homme le plus craint du IIIème Reich, excusez moi de vous demander pardon, il faut un bon nombre de pages. Difficile de se figurer un telle froideur, un tel détachement, difficile de se figurer qu’on ait pu envisager l’extermination de tout un peuple, d’assister à la fusillade d’enfants, de bébés, sans sourciller. D’ailleurs, sur ce point je recommande ce livre, on sait tous que le régime nazi était affreux, mais ça reste lointain, ça reste quelque chose qu’on a appris, sans vraiment se figurer ce que ça implique. Certaines descriptions de massacre, de raisonnement de Heydrich ou juste de ses manigances pour faire accuser telle ou telle personne, relève tellement de la folie, voir de la folie collective, qu’on ne se sent plus si à l’abri que ça dans notre XXIème siècle. D’ailleurs si vous voulez une illustration de ce dont je parle, tapez Babi Yar dans wikipedia. Louis Binet raconte bien, de façon très documentée qui ne rend le fait que plus réel, et grâce à ça on approche d’Heydrich. On prend presque le petit déjeuner avec lui, on va au travail (dans son chateau) avec lui. On a même envie d’entrer dans cette salle de réunion et de dire à Hachà de ne pas signer.

Hein qu'il ferait un beau gendre.

Inutile, et c’est d’ailleurs ce qui est toujours frustrant dans un récit historique, on peut encore moins changer la fin que dans un récit fictif. Pire, on sait à l’avance ce qui va arriver, il n’y a rien à faire. Mais je n’ai pas parler de nos derniers héros, qui sont probablement la bouffée d’air frais de ce livre. Jozef Gabcik et Jan Kubis, les deux parachutistes, envoyés par le gouvernement exilé de tchécoslovaquie, aidé par Londres, qui ont pour mission d’assassiner Heydrich. Une mission suicidaire, sans moyens, sans vrais préparatifs (du moins rien de plus qu’un entraînement), sans vrai espoir de réussite. Bref, on se croirait dans James Bond. Une histoire fictive qui se prend pour la réalité. Et pourtant c’est bien vrai, on a bien parachuté deux hommes, un peu n’importe où, sans vraiment savoir ce qu’ils allaient devenir, avec presqu’aucun contact. Et pourtant, malgré tout ça ils vont réussir. Malgré aussi le sort qui se retournera contre eux le jour J, ils vont abattre la bête blonde (ce qui est un grand soulagement, même pour nous, j’avais un peu peu de voir Heydrich débarquer dans mon salon). Bref, moi qui trouve toujours que les scénario d’Hollywood (ou de MacGyver) sont tiré par les cheveux, finalement pas tant que ça.

Bref, lisez ce livre c’est un ordre, moi j’ai réussi à le lire en une journée (ce qui n’a pas avancé mon rapport de stage), dites ce que vous en pensez, mais par pitié ne me retournez pas la critique négative que j’ai le plus lu sur internet :

« mais c’est un sale gaucho ce qui est agaçant, et en plus il dit que le sport est une belle saloperie fachiste ce qui est ridicule »

En effet analysons cette critique si vous le voulez bien :
– mais c’est un gaucho : ben il a le droit
– et c’est agaçant : il a quand même le droit de donner son avis dans SON livre, si vous n’êtes pas d’accord ben tant pis ce ne sera pas la première fois que vous n’êtes pas d’accord avec un livre.
-le sport c’est une saloperie fachiste : personnellement on m’a forcé à courir 40 minutes par semaines pendant trois mois au collège ce que je d’étestais et qui ne m’a, mais alors rien apporté, alors je suis assez d’accord.
– et c’est ridicule : euh je crois que c’était du second degré, comme ma réplique précédente.

Sur ce, je vous laisse, et Heil Hitler.

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